Humidité dans un bateau en hiver : prévenir les moisissures

Condensation, seuils d'humidité, aération et déshumidification : comment garder un bateau sain tout l'hiver, avec ou sans courant de quai.

Par Joël Kautzmann 7 min de lecture

On ferme le bateau en novembre, on l’ouvre en mars, et l’odeur saisit dès la descente : renfermé, moisi. Des points noirs sur les vaigrages, des coussins tachés, un ciré piqué au fond d’une penderie. Rien n’a cassé, aucune alarme n’a sonné. L’humidité a simplement fait son travail pendant quatre mois, sans témoin.

Nettoyer après coup coûte cher et ne règle rien : les moisissures reviennent si la cause reste. Cet article explique d’où vient l’humidité à bord, à partir de quels seuils elle devient un problème, et comment la tenir à distance tout l’hiver, avec ou sans courant de quai.

D’où vient l’humidité à bord

Un bateau fermé en hiver cumule deux phénomènes.

La condensation

L’air contient de la vapeur d’eau, et il en retient d’autant moins qu’il est froid. Quand l’air intérieur touche une paroi plus froide que lui (coque, hublots, panneaux de pont, réservoirs), il se refroidit au contact et dépose l’eau qu’il ne peut plus porter. Un exemple chiffré : un air à 20 °C et 80 % d’humidité relative commence à condenser sur toute surface en dessous de 16 °C environ. La nuit, en hiver, la coque est presque toujours plus froide que cela.

Le jour, le soleil réchauffe la cabine ; la nuit, tout refroidit et l’eau se dépose. Ce cycle se répète des dizaines de fois au cours d’un hivernage.

Les sources d’eau du bord

  • l’eau stagnante dans les fonds, même quelques centimètres ;
  • les infiltrations de pluie par un hublot, un panneau ou une cadène dont le joint a vieilli ;
  • les voiles, cirés, défenses et cordages rangés encore humides ;
  • le réfrigérateur fermé, les réservoirs d’eau, les cuves à eaux noires ;
  • les passages à bord eux-mêmes : on entre avec la pluie, on respire, on fait chauffer un café.

Chacune de ces sources recharge l’air en humidité, que la condensation dépose ensuite sur les parois froides.

Les seuils à connaître

L’humidité relative, exprimée en pourcentage, est le chiffre qui compte. Les repères généralement admis pour un intérieur de bateau :

Humidité relativeCe qui se passe
Moins de 60 %Zone saine : c’est l’objectif
60 à 70 %Zone de vigilance : odeurs, textiles qui ne sèchent plus
Plus de 70 %Les moisissures peuvent se développer, dès que la température dépasse une dizaine de degrés
La température compte aussi : le froid ralentit les moisissures, la douceur les favorise.

C’est là que l’hiver méditerranéen piège les propriétaires. Avec des journées souvent au-dessus de 10 °C et un bateau fermé, l’humidité dépasse facilement 70 % : les moisissures y trouvent des conditions favorables pendant presque tout l’hivernage.

Mesurez avant d’agir. Un thermo-hygromètre à piles coûte quelques dizaines d’euros. Choisissez un modèle qui enregistre les valeurs minimales et maximales, ou mieux, l’historique : une mesure prise en plein après-midi ne dit rien de ce qui se passe à quatre heures du matin.

Supprimer les sources avant de fermer

C’est l’étape la moins chère et la plus efficace. Tout litre d’eau qu’on ne laisse pas à bord est un litre qu’il n’y aura pas à extraire de l’air.

  1. Assécher les fonds à l’éponge après le passage de la pompe de cale, qui laisse toujours un fond d’eau.
  2. Traiter les infiltrations : joints de hublots et de panneaux, passages de câbles, cadènes. Une trace de coulure sur un vaigrage indique presque toujours une entrée d’eau au-dessus.
  3. Débarquer les textiles : literie, serviettes, vêtements, cirés. Ce qui reste à bord doit être parfaitement sec, et rangé de façon à respirer.
  4. Ne rentrer aucune voile humide : une voile pliée mouillée moisit en quelques semaines.
  5. Vider, nettoyer et laisser ouverts le réfrigérateur et la glacière.
  6. Vider et rincer la cuve à eaux noires, et traiter le circuit d’eau douce selon votre habitude d’hivernage.

Faire circuler l’air

Une humidité qui circule se dépose moins. L’objectif est qu’aucun recoin ne reste confiné.

  • Ouvrir l’intérieur : portes de cabines, penderies, équipets et coffres entrebâillés, planchers légèrement soulevés au-dessus des fonds.
  • Dresser les coussins sur la tranche, ou les surélever, pour que leur face inférieure ne reste pas plaquée contre un contreplaqué froid.
  • Laisser des entrées et des sorties d’air : aérateurs de pont (de type champignon ou à ventilateur solaire), capot de descente avec grille d’aération. Une entrée basse et une sortie haute créent un tirage naturel.
  • Ne pas laisser un panneau entrouvert pour aérer : la pluie et les embruns rentreront plus sûrement que l’air sec.

Un taud ou une bâche qui laisse passer l’air protège aussi les panneaux de pont de la pluie directe et limite le refroidissement de la coque. Attention toutefois : une bâche plaquée et étanche fait l’inverse et enferme l’humidité.

Déshumidifier, avec ou sans courant

Le choix dépend d’abord d’une question simple : avez-vous le droit de rester branché au quai en votre absence ? Dans de nombreux ports, dont ceux de la Métropole Aix-Marseille-Provence, la réponse est non (voir notre article sur le branchement au quai).

Sans courant : les absorbeurs

Les absorbeurs au chlorure de calcium captent l’humidité de l’air ; le sel se dissout et tombe dans un bac sous forme de saumure. Ils ne demandent aucune énergie, mais leur capacité est limitée : ils entretiennent un air déjà sec, ils n’assèchent pas un bateau humide.

  • Placez-en plusieurs, dans les volumes fermés : cabines, penderies, coffres.
  • Calez-les pour qu’ils ne puissent pas se renverser, même si le bateau bouge au ponton.
  • Videz les bacs et remplacez les recharges dès qu’elles sont saturées : un bac qui déborde répand une saumure corrosive sur les planchers, les câbles et les équipements.

Avec courant : le déshumidificateur électrique

Là où le branchement est autorisé, ou pendant votre présence à bord, un déshumidificateur électrique est bien plus efficace. Deux technologies existent, et la différence est décisive en hiver :

  • À compresseur : il refroidit l’air pour en condenser l’eau. Économe en électricité, il perd beaucoup d’efficacité en dessous de 15 °C environ, et devient presque inopérant vers 5 °C.
  • À adsorption (dessiccation) : un rotor chargé de dessiccant capte l’humidité, puis est régénéré par une résistance. Il fonctionne bien au froid et rejette un air tiède, au prix d’une consommation plus élevée.

Pour un bateau hiverné en Méditerranée, l’adsorption est presque toujours le meilleur choix. Raccordez la sortie d’eau à un évier ou à un tuyau qui s’évacue hors du bateau plutôt que de compter sur le réservoir, et réglez l’hygrostat autour de 55 %.

Un appareil électrique qui tourne sans personne à bord est un risque d’incendie. Ne laissez jamais un déshumidificateur ou un chauffage d’appoint en marche là où le règlement du port interdit le branchement en votre absence, et vérifiez auprès de votre assureur les conditions dans lesquelles il est admis ailleurs.

MoyenCourant de quaiEfficacité en hiverPoint d’attention
AérationNonVariable selon la météoJamais de panneau entrouvert
Absorbeur au chlorure de calciumNonFaible, entretient un air secBac à vider, saumure corrosive
Déshumidificateur à compresseurOuiFaible sous 15 °CÀ éviter en hivernage
Déshumidificateur à adsorptionOuiBonne, même au froidConsommation, autorisation du port, assurance

Si les moisissures sont déjà là

Intervenir tôt limite les dégâts : une moisissure de surface se nettoie, une moisissure installée dans une mousse ou un contreplaqué ne part plus.

  1. Protégez-vous : gants, masque, bateau aéré pendant le nettoyage.
  2. Nettoyez avec un produit compatible avec chaque matériau. Les textiles, le teck et certains vaigrages supportent mal les produits chlorés : en cas de doute, consultez la notice du chantier ou du fabricant, et faites un essai sur une partie cachée.
  3. Séchez complètement avant de refermer : une surface nettoyée mais encore humide recommence aussitôt.
  4. Cherchez la cause : une tache localisée signale le plus souvent une infiltration ou un pont thermique juste au-dessus ou derrière.

Les coussins dont la mousse est atteinte au cœur se remplacent ; c’est le poste le plus coûteux, et la meilleure raison de prévenir.

Pourquoi passer à bord régulièrement

Aucune de ces mesures ne tient seule un hiver entier. Les absorbeurs se saturent, un joint lâche à la première grosse pluie, un coffre refermé par un coup de roulis redevient un piège. Ce qui fait la différence, c’est le passage : ouvrir et aérer quand le temps est sec, relever l’hygromètre, vider les bacs, éponger les fonds, repérer la première trace avant qu’elle ne s’étende.

C’est le rôle des formules de conciergerie Y★SEA à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Chaque visite contrôle les fonds, les vannes, les batteries et la ventilation, avec un compte rendu photo daté consultable dans votre espace client. Pour le reste de la check-list d’hiver, lisez aussi les 5 points clés de la surveillance et nos règles d’or pour les batteries en hiver.

  • Objectif : moins de 60 % d’humidité relative ; au-delà de 70 %, les moisissures s’installent.
  • Supprimer les sources d’eau avant de fermer est la mesure la plus efficace.
  • Tout ouvrir à l’intérieur, coussins sur la tranche, aérateurs de pont, jamais de panneau entrouvert.
  • Sans courant, des absorbeurs ; avec courant autorisé, un déshumidificateur à adsorption.
  • Un passage régulier à bord tient l’ensemble.

Questions fréquentes

Quel taux d’humidité viser dans un bateau en hiver ?

Moins de 60 % d’humidité relative. Au-delà de 70 %, et dès que la température dépasse une dizaine de degrés, les moisissures peuvent se développer.

Les absorbeurs d’humidité suffisent-ils ?

Ils entretiennent un air déjà sec dans des volumes fermés, mais ils n’assèchent pas un bateau humide. Ils doivent être vidés et rechargés régulièrement, sans quoi le bac déborde et répand une saumure corrosive.

Quel déshumidificateur choisir pour un bateau en hiver ?

Un modèle à adsorption, qui reste efficace au froid, contrairement aux modèles à compresseur qui perdent l’essentiel de leur efficacité en dessous de 15 °C. Il ne doit tourner sans personne à bord que si le règlement du port et votre assureur l’autorisent.

L'auteur

Joël Kautzmann

Fondateur de Y★SEA · Port-Saint-Louis-du-Rhône

Ingénieur mécanique, treize ans à la tête d'une PME industrielle, puis trois ans de tour du monde en famille à bord de Yeoma, un Outremer 51 dont il a suivi la construction : 40 000 milles nautiques et l'entretien du bateau assuré à bord, escale après escale.

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